Le Blog du Cochon Hallal

Ferris, petit Oradour-sur-Glane irakien. Reportage de guerre.

par Michael Yon

Le 29 juin, les soldats irakiens et américains combattaient une nouvelle fois côte à côte avec les soldats de la compagnie Charley 112 menée par le capitaine Clayton Combs et les soldats irakiens de la 5ème IA. Ils se trouvaient près d'un village aux alentours de Baqubah (thereligionofpeace.com nous apprend qu'il s'agit du village de Ferris à la date du 30 juin 2007). Le village est malheureusement située près d'une route principale à 5 km de FOB Warhorse, qu'Al Qaïda bombarde régulièrement. Al Qaïda s'était emparé du village. Les soldats irakiens et américains s'approchèrent du village, à portée de tir, mais les mines cachées sous les routes et dans les maisons constituaient les seuls véritables menaces.

Les échanges de tir montèrent alors en intensité et les Américains tirèrent des missiles. L'ennemi semblait avoir essayé de surprendre les soldats alliés dans une embuscade, sans succès. Le village était complètement miné, certaines des mines étaient assez grosses pour détruire un tank. Une par une, les experts détruisirent les bombes, laissant des cratères de différentes tailles dans les rues.

Mais où sont-ils ?
Le village était abandonné. Tous les gens étaient partis, mais où ?


Le 30 juin, des soldats de la 1-12 Cav, m'autorisèrent à aller au village dans un de leurs chars M-1.

Comme souvent en Irak, lorsque je rencontre de nouveaux soldats américains, c'est au cours d'une affaire sérieuse. Bien que la plupart de ces soldats ne me connaissent pas, ils sont courtois et professionels, et cherchent toujours à me protéger. Et c'est ainsi que c'est bien grâce au lieutenant Baxter si je ne me suis pas cassé le cou en montant dans le char, m'empêchant de tomber à la renverse suite à un faux mouvement.

Les chars sortirent du FOB Warhorse, et au bout de quelques kilomètres, nous sommes arrivés aux abords du village abandonné.

Les soldats américains ont commencé à décharger des sacs pour cadavres, que les soldats irakiens, à l'air abattus, amenaient dans le village.

(...)

soldats irakiens et américains
Le capitaine Combs me dit que cette unité irakienne, le 3-25, ne fuit jamais le combat, et ne refuse jamais de s'approcher de l'ennemi : "J'ai combattu avec les 3-25 pendant 10 mois à Diyala et ils sont toujours venu alors que j'étais en position difficile avec mes hommes. Ils ne rechignent pas aux patrouilles, ils ne reculent
jamais".

(...)

En traversant le village, le capitaine Combs me montra de jolies maisons, affirmant que les gens qui vivaient ici étaient des simples fermiers avec des vies assez aisées...

Jusqu'à l'arrivée d'al Qaïda.

âne égorgé

Leurs maisons étaient vides. Nous sommes passés devant deux ânes, tous les deux égorgés. Al Qaïda avait tué leur bétail.

Il arrive fréquemment qu'Al Qaïda plante des mines dans les cadavres des animaux et des gens qu'ils ont tués. Ils leur est arrivé de piéger des cadavres d'enfants avec des explosifs.

Quelques pas plus loin, un des nombreux cratères, résultat du travail de déminage du 29 juin.

Mais quelques pas plus loin, le capitaine Combs désigna une voiture qui avaient été bourrée d'explosifs. Des soldats américains l'ont détruite avec une grenade Thermite.

Quelques pas plus loin, nous sommes passés devant des maisons abandonnées. J'ai vu un chargeur vide de fusil AK-47. Les maisons étaient sens dessus dessous : on remarquait des verres cassés et des cagoules jetées à terre.

Nous avons alors pénétré dans une petite palmeraie. L'odeur était pestilenciel. La chaleur et la végétation me rappelaient les Champs de la Mort au Cambodge que j'avais visités peu de temps avant de venir en Irak.

Des soldats irakiens ont dit qu'ils avaient trouvé quelques uns des villageois : tous morts. Ils étaient en train d'exhumer les corps.

Leur mort était récente et l'odeur était insoutenable. Un petit groupe de soldats américain se tenait à distance respectable, mais l'aire était remplie de soldats irakiens de la 5ème IA.

J'ai dit au capitaine Baker qu'il était important que les Américains voient cela. Il m'emmena autour des tombes et me montra plus que ce que je voulais voir. Il déclara que ces gens avaient été tués par Al Qaïda. J'ai fait une vidéo pour l'interviewer au sujet de cette horrible scène. La chaleur et la puanteur étaient écrasantes et le silence était seulement interrompu par les pelles des soldats irakiens, qui ne cessaient de creuser.

Il y avait là des corps d'hommes, de femmes et d'enfants. Al Qaïda massacre des familles partout : pendant que ces corps étaient exhumés, de nouvelles bombes étaient trouvées à Londres.

Aucun signe religieux sur les tombes.

Au moment où j'arrivais, les soldats irakiens avaient découverts des membres de six cadavres. Mais d'après ma position, il me semble que tous n'avaient pas été tués en même temps. Dans une tombe, il y avait des côtes et d'autres os, bien qu'ils étaient encore recouverts de chair.

têtes d'enfants décapités
Pendant ce travail infernal, la puanteur s'amplifiait. Un soldat irakien arrosa lentement les cadavres. Selon les Irakiens de la 5ème IA, Al Qaïda avait décapité les enfants. Avaient-ils tué les enfants devant leurs parents ? Ou alors avaient-ils tué les parents devent les enfants ? Peut-être avaient-ils forcé le père à creuser la tombe de ses enfants.

Les soldats irakiens parlaient à peine. Tous avaient l'air abattus et chacun semblait être à des millions de kilomètres. Pourtant ces soldats m'aidèrent à faire mon travail.

Plus tard dans la journée, quelques uns des soldats de l'unité américaine avec laquelle je partage une tente, la C52, ma raconta que l'un de leurs accompagnateurs, avait identifié un membre d'Al Qaïda qui avait décapité des enfants. Selon eux, l'accompagnateur avait l'air effrayé et cherchait à se cacher en montrant l'homme qu'il avait identifié comme étant un membre d'Al Qaïda. Impossible de savoir si l'irakien avait raison ou pas, mais ils emmenèrent le suspect à la police, qui connaissait l'homme. Les soldats de la C-52 me dirent alors que le poste de police était surexcité, et qu'un policier en particulier était devenu fou au point de vouloir tuer l'homme dont ils affirmaient qu'il avait du sang d'enfant sur les mains. Selon le récit, les soldats américain ont mis près d'une heure à calmer l'homme qui avait dégainé son revolver pour exécuter le suspect. Le même policier perdit une nouvelle fois ses esprits lorsqu'un soldat américain donne au suspect un peu d'eau fraiche.

Cela s'était passé quelque part ailleurs dans la région de Baqubah et nous étions autour de ces tombes puantes remplis de gens qui avait vu de près la justice selon al Qaïda. Les corps des villageois étaient en train de pourrir sous la chaleur devant nous.

La pelle cogna encore sur d'autres doigts et les soldats irakiens s'arrêtèrent et me montrèrent les doigts que je me mis à filmer. Mais j'en avais vu assez et je me retirais dans la petite palmeraie.

Le lieutenant Baxter, le conducteur du char, s'inquiétait de l'effet de la chaleur sur moi en regardant mon uniforme trempé de sueur, me demandant à plusieurs reprise si je me sentais bien. Mais la chaleur ne me dérangeait pas, je pouvais la supporter aussi bien que nos soldats. Pourtant, je ne me sentais pas bien du tout, le genre de malaise pour lequel l'eau fraiche ne peut rien.

Je me suis mis à consulter mes notes dans le tank, mais le coeur n'y était pas, j'ai défait mon casque et me suis tenu le visage près de jet de l'air conditionné pendant que le tank rejoignait la base.

Michal Yon ne reçoit aucun soutien financier de Fox News ni d'aucun autre média américain actuellement. Il est entièrement soutenu par ses lecteurs. Il demande à ses lecteurs de l'aider à prendre en charge son équipement et à couvrir ses dépenses de telle sorte qu'il puisse rester en Irak pour rapporter des nouvelles de nos soldats. Si vous trouver que son travail en vaut la peine, merci de le supporter dans sa mission.

Traduction et légère adaptation : Imam Grouik-Grouik
Selon Thereligionofpeace.com, il n'y a aucun survivant : les quarante habitants ont été tués.
Michael Yon Online Magazine (d'autres photos y sont disponibles)
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